Etudes
La charte adoptée par la COSEF a recommandé que « la recherche scientifique doit faire l’objet d’évaluation interne, au sein de chaque établissement, destinée à l’auto-évaluation des chercheurs et des programmes et d’évaluation externe par des organismes et experts indépendants ».
L’application de cette recommandation a donné lieu à une évaluation externe effectuée par des experts de l’Union Européenne dans le cadre d’un accord entre le département marocain de la recherche et la direction générale de la recherche de la Commission européenne. Cette évaluation a concerné les domaines suivants :
1- Bio-médecine et santé ;
2- Agronomie, agriculture et forêts ;
3- Sciences de la mer et aquaculture ;
4- Géo-sciences – Sciences de la terre ;
5- Hydrologie et traitement de l’eau – environnement et sols ;
6- Sciences et techniques de l’information et de la communication ;
7- Chimie des substances naturelles
8- Physique et énergie ;
9- Mathématiques ;
10- Mécanique et génie mécanique ;
11- Chimie ;
12- Génie civil.
Un atelier National de restitution des résultats de cette évaluation a été tenu les 26 et 27 mai 2003 sous le Haut – Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. La séance d’ouverture a été présidée par Monsieur le Premier Ministre Driss Jettou, et en présence de M. le Conseiller de Sa Majesté, Président de la COSEF M. Abdelaziz Meziane Belfkih et le Commissaire Européen chargé de la Recherche Scientifique, M. Philippe Busquin.
Des personnalités marocaines et étrangères du monde de la recherche, des experts, des responsables institutionnels et des représentants du secteur productif ont participé à cette importante manifestation ; ont été également présents des représentants de ministères de la recherche de certains pays européens (France – Italie – Portugal).
Les travaux de cette rencontre ont regroupé quelques 300 participants et une douzaine d’experts européens et ont été organisés sous forme d’ateliers :
des ateliers thématiques où ont été traités
des sujets transversaux se rapportant à la recherche scientifique tels que
l’organisation, le financement, la coordination, les ressources humaines,
les relations avec le secteur productif et la coopération internationale ;
des
ateliers scientifiques où ont été traités
les domaines scientifiques et champs disciplinaires précités
qui ont fait l’objet de l’évaluation.
Résultats de l’évaluation externe :
L’évaluation a utilisé trois outils : la bibliométrie (analyse des articles parus en dix ans sous signature institutionnelle marocaine, dans les 6 000 meilleures revues mondiales) ; une enquête-questionnaire aux laboratoires (qui a reçu plus de 500 réponses exploitables, sur environ 800 équipes existant) ; et la visite faite par les experts européens à plus de 200 sites, choisis parmi les plus productifs..
Le rapport de synthèse établi par le coordonnateur de l’opération Dr Roland Waast indique que :
« Les résultats font d’abord ressortir les atouts marocains : la qualité de ses chercheurs, et le soutien présent du gouvernement. Le Maroc est devenu en vingt ans la troisième puissance scientifique du continent Africain – une ascension inimaginable en 1980. Les experts ont rencontré, dans tous les domaines, un nombre significatif de chercheurs de qualité, à jour et bien insérés mondialement. La bibliométrie fait ressortir l’impact international de certains domaines (les mathématiques marocaines) et de sous domaines spécifiques.
Depuis quelques années, le gouvernement et son Ministère de la Recherche ont en outre multiplié les initiatives opportunes : création d’un Comité permanent interministériel ad hoc ; intense travail législatif ; premières évaluations (afin d’accréditer les UFR, induisant des regroupements d’équipes) ; premiers financements nationaux dédiés : dotation en équipement des universités, soutien à la formation de réseaux (pôles de compétence), mise en place de budgets incitatifs (PARS et PROTARS, particulièrement bien reçus par les chercheurs actifs).
Son « capital chercheurs » est une chance pour le Maroc. Les experts exposent les fortes raisons qu’a le pays de faire aujourd’hui, chez lui, une recherche dont la science mondiale ne se chargera pas. Elle doit permettre de mieux valoriser certaines ressources naturelles, de créer des emplois substituant ceux qui se perdent (STIC…), de découvrir des ressources impensées (algues marines, métaux rares…), d’instituer des systèmes d’alerte et de précaution adaptés (exploitation des mers, risque sismique), d’économiser sur l’ingénierie importée, de maîtriser les systèmes complexes (eau, agriculture, halieutique, santé publique…). Chaque expert a fait un effort pédagogique, pour situer les bénéfices prévisibles et faire des suggestions imaginatives.
Un certain nombre de signes marquent toutefois une inflexion :
Depuis
quelques temps, la croissance de la production est manifeste :
Les
capacités se redistribuent sur le territoire et entre
institutions : de « jeunes » Universités
montent très vite
en production, mais le potentiel se disperse.
Le
problème commence à se poser d’un passage du
flambeau. Les fondateurs approchent de la retraite. On note
par endroits retraits ou désengagements. Le renouvellement par de grands publiants, et le tuilage avec de
nouveaux entrants ne sont pas toujours assurés.
En somme, la recherche marocaine est à la croisée des chemins. Elle dispose de personnels qualifiés, du soutien de l’Etat, et d’une marge de progression. Mais il faut préserver le capital avant qu’il ne s’étiole, ne s’expatrie ou se résigne à la sous traitance. Le moteur de la précédente dynamique (la soutenance de thèses multiples) commence à s’épuiser. Il s’agit de trouver de nouveaux stimulants.
Au dire des experts, le besoin primordial est de reconnaître la fonction de recherche. Et de l’organiser en système.
Les experts estiment qu’il est temps d’assigner à la recherche un rôle spécifique (autre que de sous produit (de l’enseignement, d’un service), ou de sous traitance (de la science mondiale). Tous s’accordent pour signaler la nécessité, première, de prendre claire conscience des buts de la recherche ».
Les rapports recommandent en particulier de se préoccuper des points suivants :
Les
moyens (diverses remarques portent sur l’équipement,
la documentation, les ressources humaines, les
procédures administratives)
Les
masses critiques (nécessaires à la hausse de
l’ambition, au fonctionnement par projets, et à
l’entrée en partenaire
égal dans de grands programmes internationaux)
L’évaluation
(cœur du système de recherche. Elle concerne en droit
tous ses organes : établissements, laboratoires,
chercheurs).
Les
relations au monde économique et à la société
(plus nombreuses qu’on ne croit ; et que pourraient
améliorer la
visibilité des laboratoires ; leur équipement pour rendre service alentour; la mise en place de nouveaux dispositifs
d’interface ; la publicité donnée aux collaborations réussies ; et l’intéressement des chercheurs (y compris les
critères pour leur évaluation homologuant la valorisation.)
Le
Maroc dispose de grandes capacités, à ne pas
dilapider. Il a de fortes raisons de faire de la recherche sur
place.
Les chantiers ouverts par le Ministère de la recherche sont parfaitement orientés ; il s’agit de les poursuivre et de les
amplifier.
Il paraît ensuite utile de labéliser des laboratoires, d’inciter aux regroupements, d’intégrer la valorisation comme critère de l’évaluation. Les laboratoires agréés pourraient se voir garantir un soutien de base. Il ne faut pas oublier d’assurer un financement raisonnable aux sciences fondamentales.
Mise en place du comité de pilotage et de préparation de l’opération d’évaluation dans les domaines des sciences humaines et sociales
Au cours de la réunion du Comité Permanent Interministériel de la Recherche Scientifique et du Développement Technologique tenue le 16 juillet 2003, il a été décidé de procéder à une évaluation des activités de recherche dans les domaines des sciences humaines et sociales ; une commission chargée du pilotage et de la préparation de l’opération a été mise en place. Cette commission prévoit la réalisation de cette opération en 10 mois et la restitution des résultats avant la fin de l’année 2004.
Les champs disciplinaires qui feront l’objet de cette évaluation seront regroupés dans les neuf domaines scientifiques suivants :
Sciences
historiques (préhistoire, archéologie, histoire),
Sciences
sociales et politiques (ethnologie, anthropologie, sociologie et
sciences politiques),
Philosophie,
psychologie, sciences du langage et communication,
Littérature
et arts (littérature, musicologie…),
Sciences
économiques et de gestion,
Droit
et sciences juridiques,
Géographie
et aménagement,
Sciences
et religions,
Sciences
de l’éducation (didactique, technologie de
l’éducation, psychopédagogie…).